mercredi 12 septembre 2012

Manifestation spectaculaire devant le QG de la MONUSCO à Goma ! Hervé Ladsous, Roger Meece et les autres, témoins de l'éveil de la jeunesse congolaise...



Ils étaient une cinquantaine de jeunes. Ni la pluie qui tombait sur la ville, ni les chars des nos vaillants "soldats de la paix", et encore moins les jeeps des policiers de la garde du gouverneur de province armés jusqu'aux dents ne les ont effrayés : ils ont tenu à remettre en mains propres leur mémorandum à Monsieur Hervé Ladsous, qui était de passage à Goma l'après-midi de ce mardi 11 septembre.

Arrivés presque en même temps que le fonctionnaire onusien au quartier général de la MONUSCO, confortablement installé au bord du lac Kivu, ces jeunes, dont le degré d'éveil, la détermination, et le style surprennent tout le monde, ont attendu plus de deux heures à l'entrée du QG, en brandissant leur message sur des calicots et des cartons sur lesquels on pouvait lire : "la meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c'est de nous rétablir la paix ou la sécurité. La Monusco doit y oeuvrer ou s'en aller". Ou encore : "Non à une Force internationale de trop. Monusco : à quoi sert le Chapitre VII ? Appliquez-le maintenant, ou partez !".

De temps en temps, ils scandaient en choeur, dans leurs mégaphones : "Monusco, 12 ans de présence chez nous, quatre millions de dollars dépensés journellement, sous le prétexte d'une paix qui se fait toujours attendre. Nous avons assez d'un gouvernement irresponsable, et d'une communauté internationale spectatrice !"...

Témoins de la manifestation : dizaines de journalistes venus couvrir la visite de Monsieur H. Ladsous, le personnel de la MONUSCO, des éléments de force de sécurité et du protocole congolais,... Des copies de leur mémorandum ont été distribuées à volonté.

Ensuite est venu le moment sans doute le plus marquant de l'après-midi : la sortie du convoi de Monsieur Ladsous. Les jeunes manifestants, intrépides, ont formé une chaîne humaine, derrière leur calicot, et ont barré la porte de sortie du QG de la MONUSCO. L'intervention des dizaines de policiers qui attendaient les délégations à l'extérieur n'y a rien fait. La garde rapprochée du sous-secrétaire général a dû venir en renfort. Alors ces braves jeunes se sont assis devant les 4x4, toujours en criant "la paix""nous protéger c'est nous rétablir la paix","gouvernement irresponsable, ONU passive""construisez un camp comme celui-ci pour 10 millions de nord-kivutiens""MONUSCO, are you soldiers or tourists ?"... Une démonstration comme je n'en ai jamais vue ! Des jeunes (congolais, intellectuels, et à Goma, capitale congolaise de la violence, de surcroît !) qui s'accrochent sur des véhicules, sur pneus des chars, ou les bottines d'hommes armés jusqu'aux dents, qui crient à tue-tête dans les oreilles d'une aussi haute personnalité, qui, ... Après une bonne demie-dizaine dizaine de minutes, le convoi a pu se frayer un chemin, mais le message est passé. Et avec force.

Après le départ de la délégation onusienne, c'était au tour du gouverneur de province et sa délégation de quitter l'enceinte de la MONUSCO. Lui aussi en a eu pour son compte : "gouvernement irresponsable", "gouvernement irresponsable"... Ces mots ont dû résonner comme un affront à ses oreilles, tellement il n'y est pas habitué. Et tant mieux...

Ces jeunes n'en sont pas à leur première manifestation. A la veille du 52ème anniversaire de l'indépendance, pendant qu'ils préparaient une grande manifestation en distribuant des tracts d'appel et en invitant la population à sortir de la résignation, six d'entre eux avaient été arrêtés et détenus pendant une semaine par les services de renseignement. Ils seront relâchés, grâce notamment à la mobilisation de leurs collègues et d'autres jeunes partageant leur engagement. Le 15 août dernier, alors que se réunissait à Goma le sous-comité des ministres de la défense de la CIRGL, ils étaient parvenus à passer dans l'étroit filet des services de sécurité et avaient manifesté leur opposition au projet de déploiement d'une (autre) force internationale à l'Est de la RDC. Plus récemment encore, le 5 septembre, ils ont manifesté dans les rues de Goma, et adressé un mémo au Président de la République dans lequel ils demandaient le renforcement des FARDC et la démission de deux de leurs hauts commandants : le chef d'état-major général Didier Etumba, et le redoutable chef d'état-major de la Force terrestre, le général Gabriel Amisi Kumba dit "Tango Fort".

Ils promettent d'intensifier leur activisme, jusqu'à ce que révolution s'opère dans le pays. Le 21 septembre, journée mondiale de la paix, pourrait être leur prochain rendez-vous. Le 27 septembre, pendant qu'il se tiendra à New York une grande réunion sur la situation à l'Est de la RDC, ils promettent de faire à nouveau entendre leur voix. Ils refusent de se donner un nom et des structures, car leur démarche consiste avant tout à se défaire des sentiers bâtis auxquels on a habitué les congolais à se conformer. Ils se définissent tout simplement comme un mouvement d'éveil et d'action citoyens, avec pour slogan le mot swahili "INATOSHA !" (c'est-à-dire Assez ! ou Ca suffit !) : assez de la guerre, assez des injustices, assez de la cupidité des dirigeants, assez du système de gouvernance, ...

Les gens peuvent choisir de fermer les yeux ou de boucher les oreilles, mais il est clair qu'il y a une jeunesse congolaise qui est entrain de sortir de son mutisme et de sa résignation, et qui n'entend plus laisser libre cours à ceux qui se plaisent à orienter à leur manière son avenir. Pour ma part, je vois en eux poindre (à l'Est) le soleil de la révolution congolaise. Vous en doutez ? L'avenir nous dira qui, entre vous et moi, a tort ou raison...
Publié par jean-mobert à l'adresse  05:52

mardi 11 septembre 2012

La MONUSCO doit rétablir la paix en RDC, ou s'en aller : Mémorandum des jeunes congolais à Monsieur Hervé Ladsous


Pour endiguer la crise qui gangrène l'Est de la RDC et saisissant l'opportunité de la visite ce 11.09.2012 du Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les Opérations de maintien de la paix, Monsieur Hervé Ladsous, les jeunes conscientisés et révoltés de Goma viennent de sortir un Mémorandum exigeant la révision du mandat de la Monusco de manière à le restreindre au rétablissement rapide de la paix et de la sécurité en République Démocratique du Congo.

Ci-joint l’intégralité du Mémoradum.  
LA MEILLEURE MANIERE DE NOUS PROTEGER, NOUS, CIVILS CONGOLAIS, C’EST DE NOUS RETABLIR LA PAIX ET LA SUCURITE : LA MONUSCO DOIT Y ŒUVRER OU S’EN ALLER
Mémorandum adressé à Monsieur Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les Opérations de maintien de la paix
Goma, le 11 septembre 2012
Monsieur le Secrétaire général,
1. Le but primordial des Nations Unies est de « maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix […] » ;

2. La République Démocratique du Congo, notre pays, se trouve en situation de rupture de la paix et d’agression, et les conséquences sont incommensurables pour nous. Certes, il est de la responsabilité première du gouvernement de la République Démocratique du Congo d’assurer la paix et la sécurité à l’intérieur de ses frontières et de protéger la population, mais il est évident qu’il n’en est pas capable pour le moment, et la MONUSCO, en tant qu’instrument de la solidarité internationale à notre égard, ne sert à rien si elle ne peut pas suppléer à cette lacune et rétablir la paix rompue depuis tant d’années ;
3. La Résolution 2053 du 27 juin 2012 qui prolonge le mandat de la MONUSCO jusqu’au 30 juin 2013 comporte beaucoup trop d’assignations, qui finalement effacent l’essentiel, à savoir le rétablissement de la paix et de la sécurité, et rendent la Mission inefficace, inutile, voire outrageante à nos yeux. La Résolution 2053 comporte plus ou moins 19 assignations à la MONUSCO, telles que fixées dans la résolution 1925, paragraphe 12, points (a) à (p) et (r) à (t), sans compter d’autres « soutiens » au gouvernement de la RDC dans une pléthore de domaines. Il en a été ainsi depuis la création de la MONUC jusqu’à ce jour, et voilà plus d’une décennie que nous attendons en vain la précieuse paix ;
4. Nous sommes fatigués de mourir et souffrir sous le regard quasiment passif des Nations Unies à travers la MONUSCO, et nous ne pouvons pas attendre plus longtemps. De fait, alors même qu’il est affirmé que la priorité actuelle de la MONUSCO est la protection des civils (résolution 2053, paragraphe 1), nous avons plusieurs fois été témoins des situations d’insécurité grave où les Casques bleus restent enfermés dans leurs camps, la population n’ayant d’autre choix que de se cantonner tout autour (Mushaki, Kiwanja, Bunagana, Rugari, …). Pire, il est arrivé parfois que dans l’imminence des attaques, la MONUSCO lève tout simplement le camp (cela s’est récemment passé à Rubare, en territoire de Rutshuru, notamment). Si sa présence ne peut pas servir à nous rendre ce que le gouvernement n’est pas capable de nous assurer, alors nous préférons nous passer d’un tel outrage. C’est pourquoi nous vous enjoignons de faire tout ce qui est en votre pouvoir, y compris saisir le Conseil de sécurité, pour que :
5. Le mandat de la MONUSCO doit être revu rapidement de manière à le restreindre aux seules assignations véritablement essentielles et prioritaires, à savoir :
a. Le rétablissement rapide de la paix et de la sécurité en République Démocratique du Congo, car c’est l’unique manière de protéger efficacement les civils que nous sommes. L’inverse ne se vérifie pas ;
b. La formation de nouvelles forces de sécurité de la République Démocratique du Congo, de manière à nous préparer à assurer notre propre résilience en matière de paix et de sécurité, car tout le reste (démocratie, justice, développement, …) en dépend.
6. Pour ce faire, les Nations Unies devraient adopter un plan clair en termes d’objectifs, de résultats ; un plan limité dans le temps, et non plus des mandats indéfiniment renouvelés sans aucune vision à terme, sans jamais atteindre des résultats tangibles, en gaspillant beaucoup de ressources, et sans permettre aux congolais de préparer la relève des Nations Unies ;
7. Que la MONUSCO nous rétablisse donc la paix et la sécurité ; que pour les maintenir et de les consolider, elle forme de nouvelles forces de sécurité congolaises ; alors elle pourra se retirer avec la certitude d’avoir rendu le peuple congolais à jamais reconnaissant envers les Nations Unies. Cela contribuerait véritablement à la consolidation des avancées significatives auxquelles la communauté internationale nous avait aidés à parvenir au cours des dernières années, avec notamment la réunification du pays et l’amorce du processus démocratique. Si par contre elle ne peut pas le faire, c’est que sa présence ne se justifie pas, et elle doit s’en aller, maintenant. Nous n’en attendons rien d’autre.
Fait à Goma, le 11 septembre 2012
CONTACT :
printemps.rdc@gmail.com